mardi 14 février 2017

Coming out

Quand ai je fait mon coming-out? Instinctivement j'ai envie de répondre "jamais". Disons qu'il n'y a pas eu un jour précis où j'ai décidé de dire qui j'étais vraiment, les choses se sont faites en douceur. J'ai toujours su que j'étais différent, que je n'étais pas attiré par les filles. Même à l'époque où je ne savais pas qu'un mot comme "homosexuel" existait.

Quand j'étais au collège je redoutais les boum où il fallait danser avec des filles, et je préférais regarder les cuisses des garçons qui jouaient au foot. Au lycée je n'avais aucun doute sur ma sexualité, même si je n'étais pas un pratiquant. Il m'arrivait même d'en parler avec deux-trois amis soigneusement sélectionnés (des filles en général, et un copain homo qui s'appelait Patrick aussi, mes confidents ont pratiquement toujours été des filles, pas des garçons). A la fac j'étais ouvertement homosexuel, je portais des tenues sans ambiguïté (vous n'avez jamais vu mon petit short rouge ras-la-moule? très provocant!) ...mais j'étais toujours puceau.

J'ai attendu d'être majeur pour passer à l'acte. Mon premier homme s'appelait Patrick (oui, ça ne s'invente pas!), il avait la trentaine, il était brun, grand, pas très épais, et j'en ai été follement amoureux pendant très longtemps (jusqu'au jour où il m'a quitté pour un autre mec en fait).

Donc pas vraiment de coming-out, juste une vie assumée au quotidien, je n'ai jamais fait semblant d'être hétéro. Les seuls qui ignoraient que j'étais homosexuel étaient mes parents, parce qu'ils le voulaient bien (je veux dire par là que je n'ai jamais fait passer aucune de mes copines pour une petite amie, ils voulaient juste ne pas voir la réalité qui pourtant était devant eux). Mais un jour il a tout de même fallu que je les mette devant cette réalité, parce que je ne supporte pas la fausseté, le mensonge. Je me doutais que ça ne se passerait pas très bien, mais il fallait le faire.

J'étais à l'époque en Angleterre, à Warrington, petite ville à mi-chemin entre Liverpool et Manchester. Je pensai être amoureux. J'avais écrit à mes parents que je ne viendrai pas pour Noël, parce que je voulais le passer avec Mark. Je n'avais pas dit qui était Mark. Mark était un pompier qui habitait à Liverpool qui avait un superbe corps, de beaux yeux bleu-gris, de beaux cheveux noirs, et un accent "made in Liverpool" qui me transportait. C'était en décembre 1991.

Le matin de Noël, j'avais appelé à Dakar pour souhaiter un joyeux Noël à mes parents. C'est ma mère qui avait décroché. "Mark, c'est un nom de garçon ! On a toujours su que tu étais comme ça, mais on voulait pas le savoir, pleura ma mère au téléphone. Pour nous ce ne sera plus jamais pareil, tu n'es plus notre fils..." J'étais hébété quand j'ai raccroché le téléphone. Hébété et énervé. Je suis sorti de la cabine téléphonique en rage, déçu d'avoir des parents aussi peu compréhensifs. Vingt-deux ans, je leur avoue enfin que j'aime les hommes, et ils me répondent "Patrick tu n'es plus notre fils, on ne veut plus te voir" Je me doutais bien qu'ils ne le prendraient pas très bien, de fait j'avais attendu d'être financièrement indépendant et loin d'eux pour leur annoncer, mais je pensais que la distance adoucirait les angles, je ne m'attendais pas à une réponse aussi extrême...

Déception donc, ce n'est pas moi qui pousserait un petit jeune à faire son coming-out tant qu'il n'est pas indépendant. Je n'ai plus eu de nouvelles de mes parents pendant les mois suivants, aucun contact. Jusqu'au jour d'été où j'ai commencé une petite dépression, où j'ai commencé à me nourrir de mayonnaise à la petite cuillère, où j'ai fini par ne plus manger du tout... Et puis un jour, au bout du rouleau, je les ai appelé, j'ai parlé de mes envies de suicide, de mon désespoir, de l'état dans lequel j'étais... et ils m'ont rapatrié à la maison.

Ça n'était pas glorieux, je m'asseyais sur une chaise et je restais silencieux pendant des heures, sans bouger, parfois des larmes coulaient de mes yeux sans que j'y fasse attention, je trempais mon oreiller toutes les nuits, bref je n'allais pas très bien. J'étais maigrissime, on pouvait compter mes côtes une par une, j'avais les joues creuses et le regard hagard, et quand mes parents m'ont vu à l'aéroport, j'ai vu de la peur dans leur regard. Ils ne comprenaient pas l'état dans lequel j'étais, qu'on puisse sciemment se laisser mourir, qu'on puisse même penser à se supprimer. J'ai vu de la peur dans leur regard, et j'ai baissé les yeux.

Nous n'avons plus jamais parlé de mon homosexualité, pas cet été, nous n'avons parlé de rien. Et depuis nous n'avons jamais évoqué ce passage peu glorieux de mon existence. Aujourd'hui encore on ne parle pas de ma sexualité, même si on ne l'ignore pas. Quand je suis avec mes parents, mes amis ont la consigne de ne pas m'appeler sur mon portable, je ne les appelle que quand j'ai réussi à m'isoler. Parfois mes parents savent qu'il y a quelqu'un, ils entendent un prénom, mais ça ne va pas plus loin.

(rediffusion de mai 2006)

dimanche 12 février 2017

Pompette

J'avais un bouton sur le nez, le genre de truc qui malgré mon âge vénérable m'arrive encore assez régulièrement. Et bien sûr je déteste ça. On te dit toujours qu'il ne faut surtout pas le crever, mais qui ne le fait pas? C'était un dimanche soir, j'enlevais mes lentilles avant de me coucher, et le miroir de la salle de bains me renvoyait ce joli point blanc sur le nez, ce joli bouton bien mûr. Je n'ai pas résisté, je l'ai percé.

Ensuite, je ne sais pas pourquoi, j'ai voulu nettoyer, aseptiser. J'ai mis de l'alcool à 90 sur un coton et je me suis nettoyé le nez. Puis j'ai été étendre le linge qui m'attendait dans le tambour de la machine à laver.

Une chaussette, deux chaussettes, un pull, une serviette, et une sensation étrange, une chaleur envahissante, l'impression de légèrement tituber, un mal-être gastrique, tous les symptômes d'une ivresse prononcée. Pourtant je n'avais pas bu une goutte d'alcool de la soirée?

Je me suis couché avec la nausée et me suis réveillé le lendemain avec la gueule de bois. Tout ça pour m'être nettoyé le nez avec un coton imbibé d'alcool...

vendredi 10 février 2017

Il a déjà tes yeux

J'ai été voir un film populaire. Et j'ai aimé ça. Ça ne me ressemble pas? Peut-être que je suis plus éclectique que vous ne le pensez. Pour sûr je n'ai pas l'habitude d'être dans des salles pleines même à la séance de 22 heures et où chacun grignote son en-cas ou aspire sa boisson gazeuse pleine de sucres artificiels, mais ça fait aussi parti du spectacle.

Le sujet pouvait prêter au caricatural, un couple noir qui adopte un enfant blanc, et je craignais le risque du film à côté de la plaque qui sous prétexte de faire de l'humour se montre parfaitement raciste (Qu'est ce qu'on a fait au bon dieu, par exemple, était une merde sans nom). Le caricatural ici est évité, les incidents sont traités avec justesse, et j'ai beaucoup aimé. Il y a beaucoup de quiproquos que j'ai vraiment trouvé très bien vus,  et ce film est presque pour ceux capables de le voir une dénonciation du racisme quotidien. Combien de fois le métis que je suis a t-il du confirmer enfant que mes parents venant me chercher à l'école étaient bien mes parents?


mercredi 8 février 2017

J'apprends l'espagnol (21)

Pourquoi en français on dit un rat et une souris alors qu'en espagnol on dit une rat (una rata) et un souris (un raton)?

samedi 4 février 2017

Moonlight

J'ai aimé ce film. J'ai lu des critiques très élogieuses et d'autres beaucoup plus moyennes que j'ai trouvées au final assez cohérentes. Ce n'est pas le meilleur film de l'année, il y avait quelques longueurs, certaines choses auraient pu être plus développées, mais j'ai aimé ce film. Même si ce n'est pas un film complètement abouti, probablement parce qu'il semble avoir suffisamment de matière pour faire trois films et que du coup certaines choses sont un peu survolées, j'ai aimé ce film.

Certains diront qu'il n'y a rien de novateur dans ce film, rien qui ne puisse justifier l'emballement médiatique; j'ai envie de leur demander : tu en as vu beaucoup toi des films homosexuels noirs? Moi pas. Et dans ce film j'ai trouvé une justesse de ton que j'avais rarement vu ailleurs. Certaines scènes m'ont particulièrement ému et justifieraient à elles-seules qu'on aille voir le film, comme celle où le jeune enfant demande "C'est quoi une pédale? Est-ce que j'en suis une" et où il reçoit la réponse la plus appropriée que je puisse imaginer, celle que j'aimerais entendre plus souvent.

Le film raconte trois étapes de la vie du même personnage, trois âges, trois noms. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus, c'est un film qui mérite que vous alliez le voir. J'ai aimé jusqu'à la scène finale qui résiste au happy ending dont est pourtant si coutumier le cinéma américain en nous laissant sur une incertitude qui pourrait être le début d'un autre film, ou la fin de celui-ci. Un film à voir.



jeudi 2 février 2017

Livre ou liseuse?

En achetant des livres hier, je me suis demandé si c'était vraiment moins écologique qu'une liseuse. J'ai toujours lu des livres sous forme papier, je n'adhère pas du tout à la liseuse, mais on m'a déjà fait remarquer que je gaspillais des arbres. Aussi, il m'est arrivé, au delà des inconvénients que je trouve à la liseuse, de me demander s'il ne serait pas plus raisonnable de m'y mettre pour être cohérent avec mes convictions écologiques.

Sauf que l'économie circulaire se développe de plus en plus, et qu'aujourd'hui le papier est une matière quasi recyclable à l'infini. De plus la plupart des papiers sont dégradables. Alors?

La liseuse est faite de composants qui ne sont pas réutilisables à l'infini et qui nécessitent des années voire des siècles pour devenir des composants exploitables. Si les arbres poussent et se renouvellent assez vite, ce n'est pas le cas des plastiques et des minéraux utilisés pour la fabrication de la liseuse. Et que deviennent les liseuses en fin de vie? Quelle est leur espérance de vie?

Sans compter qu'il n'y a pas que l'achat initial qui a un impact écologique. Un livre tu peux le garder pour la vie sans qu'il ne demande rien de plus et soit toujours disponible et utilisable. Ce n'est pas le cas de la liseuse. La liseuse demande de l'énergie pour fonctionner, et je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de liseuses qui fonctionnent à l'énergie solaire. La liseuse demande un téléchargement du livre qu'on va lire, ce qui nécessite aussi de l'énergie. Quid du stockage des livres et des bases de données immatérielles? Si l'idée du Cloud est complètement immatérielle, il faut bien que votre bibliothèque soit stockée quelque part, et ce n'est pas neutre non plus d'un point de vue écologique.

Bien sûr personne ne parle des possibles impacts des ondes ou de l'agression que peut représenter la lecture sur écran, les industriels diront qu'on n'a pas assez de recul pour faire des constats. Mais vous, vous pensez vraiment que c'est neutre?

Je crois que je vais encore lire des livres papier pendant encore longtemps...