samedi 2 décembre 2017

Madame

Un film pour se distraire. Une femme organise un grand dîner et réalise au dernier moment qu'elle a un invité surprise. Gros problème, ils seront treize à table, ce n'est pas imaginable. Alors elle demande à sa servante de se faire passer pour une invitée. Ils ne sont pas de la même classe sociale, on lui demande d'être discrète et de parler le moins possible. Vous pouvez imaginer Rossy de Palma passant inaperçue? Evidemment ça ne fonctionne pas et, comble de l'ironie, un invité s'entiche d'elle et arrive à obtenir son numéro de téléphone. Une relation basée sur un quiproquo commence et on se demande avec délice comment ça va se passer. J'ai bien aimé. Ça aurait pu facilement tourner à la grosse farce, ça aurait pu être complètement raté, finalement c'est assez réussi. Ce n'est pas le grand film de l'année, mais on passe un moment agréable.


mardi 28 novembre 2017

Marvin

J'avais détesté le livre d'Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, savoir que c'en était une adaptation libre ne me donnait pas vraiment envie d'aller le voir. Mais le nom d'Anne Fontaine en réalisatrice était un point attractif. J'ai été voir le film. Et j'ai aimé!

L'histoire d'un enfant différent des autres, qui ne sait pas qu'il est homosexuel puisqu'il ne sait pas ce que c'est, mais que ses camarades de classe affublent de cette étiquette stigmatisante. A la maison, ce n'est guère mieux, il est issus d'un milieu social très rustre où il fait tâche. Mais il y a le théâtre qui rentre dans sa vie, quelque chose de différent qui le pousse vers le haut et le sort de cette identité qui est son quotidien. Puis la montée vers la capitale, le début d'une autre vie.

Dans le film, on évite la haine détestable du passé qui avilissait le livre, le désir de revanche et de négation de ces origines. Le père est un personnage qui arrive à nous émouvoir, ce qui n'était pas imaginable dans le roman. Il y a dans le film une humanité qui faisait cruellement défaut au livre.

Au départ, la grandiloquence des soliloques du jeune héros peut refroidir le spectateur. Le côté théâtral un peu trop appuyé éloigne un peu l'empathie du spectateur; le personnage principal, Marvin, n'est pas quelqu'un qu'on apprécie vraiment. Replié sur lui, intériorisé, il ne livre pas facilement accès à la sympathie. A côté de lui il y a Isabelle Huppert qui joue son propre rôle, mais ça fait longtemps qu'elle ne fait que ça, jouer le même rôle qui n'en est plus un, et la dernière séquence où ils sont tous les deux sur scène est un peu à jeter. Et puis il y a aussi le cliché du jeune qui quitte sa province et qui finalement réussit par son cul, ce qui est tout de même un peu détestable.

Pourquoi j'ai aimé alors? Il y a une humanité dans ce film, une bonté qui efface la haine, une vérité sous-jacente, certains moments m'ont porté les larmes aux yeux.
Quand le professeur de théâtre interprété par Vincent Macaigne nous parle du rejet de l'homosexuel qui rentre chez lui et qui ne trouve aucun réconfort, c'est forcément uns situation que beaucoup d'homo peuvent comprendre. Les gens de ma génération, les gens qui ont connu une période pas si lointaine où l'homosexualité était encore pénalisée, savent ce qu'est ce sentiment de toujours devoir être sur ses gardes sans aucun refuge possible, sans havre où se reposer. J'ai beaucoup aimé le rôle de ce professeur de théâtre qui vit un peu dans un verbiage permanent pour cacher ses émotions internes mais qui a le cœur sur la main et a choisi de toujours essayer de voir le bon côté des choses. 
J'ai aussi beaucoup aimé la proviseure interprétée par Catherine Mouchet qui, tout en gardant la distance que lui impose sa fonction, arrive à nous faire partager sa bonté éducative, son envie de voir ses élèves s'accomplir. 
Dans une autre mesure, j'ai aussi apprécié le rôle du père interprété par Grégory Gadebois qui malgré sa carapace de rustre accompli arrive à nous faire comprendre qu'il n'est pas un si mauvais bougre après tout. C'est une relation père-fils qui m'a ému, là où il aurait facilement pu ne pas avoir de relation du tout.

Au final, malgré quelques réserves, c'est un film à voir. Je suis content de voir ce genre de cinéma sur des écrans grand-public.


dimanche 26 novembre 2017

Pull marine

C'était au début de l'affaire Weinstein que j'avais eu ce choc. Des femmes prétendaient que s'il était arrivé ce qui était arrivé à certaines actrices, c'est probablement parce qu'elles l'avait cherché et qu'elles n'étaient pas vraiment vêtues de façon appropriée. Je m'en étais étranglé. Quand j'entends ce genre de conneries dans la bouche d'un homme je suis déjà outré, mais je le suis encore plus quand je l'entends dans la bouche d'une femme. Qu'un homme veuille défendre son statut de prédateur, dans une logique nauséabonde ça peut se comprendre. Mais qu'une femme aille dans le même sens au lieu de se sentir solidaire de la victime, ça veut dire en plus que cette femme accepte et défend la domination masculine dont elle est la victime, qu'elle promeut cet asservissement. Ça dépasse mon entendement. Heureusement, ce genre de réactions semble plutôt venir de femmes d'un certain âge ou d'un âge certain, les femmes plus jeunes sont plus soucieuses de ne plus jouer les victimes consentantes. Au moins quelque chose va dans le bon sens dans ce monde décadent!

Je n'accepte pas qu'on puisse penser qu'une façon de s'habiller soit une excuse pour accepter des comportements déviants. Il faut éduquer les gens dès le plus jeune âge à sortir de ces idées d'un autre temps. Tout le monde a le droit de s'habiller comme il le veut, homme ou femme. Moi aussi j'aimerais ne pas me faire insulter quand je porte un pull rose ou quand mon short semble trop court à d'aucun. Moi aussi j'en ai marre qu'on me dise comment je dois m'habiller, comment je dois couper ma barbe, comment je dois coiffer mes cheveux. La tyrannie du costume cravate au boulot, les couleurs très restreintes autorisées, l'omniprésence du bleu marine, tout ça m'exaspère. Qui n'a pas un pull marine dans sa garde-rober?

vendredi 24 novembre 2017

Chéries Chéris

Le festival du film Chéries-Chéris, ça a été quatre films pour moi. J'aurais bien aimé en voir plus, mais je me suis trouvé confronté à des séances complètes, il fallait faire des choix. J'ai tout de même réussi à voir quatre films, c'est déjà ça. Deux que j'ai beaucoup aimé, deux que je n'ai pas aimé; est-ce un bon ratio pour un festival de films?

God'Own Country, mon préféré. L'histoire un peu brute d'un jeune coincé dans une ferme au fin fond de la campagne du Yorkshire dont il doit assurer la survie en oubliant de vivre, en s'oubliant. Certains soirs il fait des virées au pub local où il se saoule et en profite pour enculer à la hâte les petits culs qui se présentent. Evidemment il se nie homosexuel. Puis un jour ils engagent un employé pour la période de mise à bas des chèvres, un homme débarque à la ferme, un étranger. Les deux jeunes doivent travailler ensemble, collaborer. Ce n'est pas évident au début, la rudesse du paysage a façonné les hommes à son image, on ne fait pas dans le sentimental, on ne fait pas dans l'introspection existentielle. Mais bon, une relation naît entre ces deux hommes. Jusqu'où ira t-elle? Vous le saurez en regardant le film qui devrait sortir à l'écran.


After Louie, hors compétition, était un film émouvant sur les rapports intergénérationnels et la solitude des gens marqués par les pertes du sida. Ancien activiste à Act Up ayant réussi à passer à travers l'épidémie du sida, Sam est resté bloqué dans le passé, est obsédé par son combat passé d'activiste, est obsédé par la mémoire de Louie dont il conserve les archives pour faire un film qui ne semble pas beaucoup intéresser les gens autour de lui. Dans un bar il rencontre Braeden, qui symbolise le présent, une génération qui n'a pas connu la lutte contre le sida et les batailles d'émancipation des gays, une génération qui peut vivre son homosexualité au grand jour. Il y a un fossé entre ces générations, et ce film pose plein de questions intéressantes sur le dialogue qu'il instaure entre le passé et le présent. Existe t-il encore aujourd'hui une lutte contre le sida? Existe t-il encore un besoin d'émancipation des gays? A t-on oublié le travail des activistes qui ont permis ces avancées? Un film intéressant.

Hearstone était un film islandais un peu lent qui m'a ennuyé malgré quelques moments intéressants et une histoire qui aurait pu me captiver. Mais l'errance de ces deux gamins qui errent dans des cimetières de voitures en tapant sur tout ce qui bouge et casser tout ce qui est cassable pour montrer que ce sont de vrais petits durs m'a vite lassé. L'un des deux garçons découvre qu'il est attiré par l'autre alors que l'autre se pense amoureux d'une autre fille, forcément ça ne peut pas se terminer bien. Les rapports humains sont violents, c'est une société alcoolisée et sexualisée dont la peinture ne me plaisait pas. Un film qui ne m'a pas vraiment captivé.

Beach Rats raconte les errances sexuelles d'un post-adolescent drogué. J'ai trouvé ça sordide et inutile.

mercredi 22 novembre 2017

Louvre (9)

Par cette visite je boucle la boucle, je termine mon tour du musée. J'avais commencé par l'aile espagnole pour voir les Gréco, je termine l'année dans cette même aile espagnole, devant ce Christ en croix du Gréco.

Mais juste avant je suis passé par l'aile italienne, beaucoup plus conséquente (je suis étonné que la peinture espagnole soit si peu présente au Louvre, en fait si peu présente dans les musées français, alors que c'est un pays voisin). Je vous laisse deviner dans ces tableaux ci-dessous lequel est de Vinci, Botticelli, Tura ou Raphaël.






lundi 20 novembre 2017

Diane a les épaules

Le sujet du film faisait que j'ai voulu aller voir ce film dès sa sortie, ayant peur qu'il ne reste pas longtemps à l'affiche, victime de la censure ou de la bien-pensance collective. C'est l'histoire d'une femme qui n'a aucun attrait pour la maternité mais qui porte un enfant pour un couple d'amis, enfant auquel elle prend soin pendant toute sa grossesse de ne pas s'attacher, le traitant comme un hôte passager de son ventre. Puis un homme débarque, ils éprouvent des sentiments l'un pour l'autre, mais l'homme ne prend pas avec autant de légèreté qu'elle l'enfant qu'elle porte pour autrui.

C'est un film frais, vivifiant, alerte, qui ne tombe pas dans le piège de l'intellectualisation de la situation ou de la leçon de morale ou du parti-pris. Je suppose que rester neutre n'a pas du être facile, mais le film reste dans une objectivité très factuelle, ne tombe pas dans le pathos. J'ai aimé, même si j'ai parfois trouvé que l'actrice en faisant un peu trop dans son côté butch et désinvolte. Un film imparfait, soit, mais un film qui a le mérite d'aborder un sujet de société. A voir!